Être mort est ma deuxième chance ; à moi de pas la manquer.

 

Et réservez, votre sensibilité pour plus tard !

Ce jour là, heureux dans mon train, je mourrais léger, négligemment de tant d’émois si simples, en opérant un trou dans mon pantalon neuf fait de tweed élégant,

En me grattant la cuisse avec ma clef pour rire, je perforais l’artère de mes soupirs

Et simplement alors tout vidé de mon sang, par ce trou de ma poche et mon doigt caressant

Je pus jouir

Voilà ce qui m’arrive : une écorchure à l’aine, naissance du bassin où ma peau parchemin, toujours aussi fragile est comme une relique qui se fendant encore d’une veine brûlante, courant jusqu’à mon cœur antique et enfantin, recèle toujours en elle les tremblement divins d’un temps préhistorique.

Mais il ne suffit pas de jouir ; il faut aussi se réveiller – Côtoyer la rudesse des autres et le grain de leurs peaux tannées – Je n’eu dés lors d’autres désirs que de coucher mon corps contre l’enfance intacte. Y quêter son amour, retraverser le monde et partir sur l’onde, protégé – bienheureux dans le creux de sa barque – jouir de la décontamination des autres qu’offre le repli sur soi-même.

Soi m’aime à jamais – Seul avec ce bout d’amour si pur, incrusté dans la viande comme la pointe cassée d’un javelot – J’avais cru en mourir alors qu’elle incarnait la vie. Cette brisure remontée du fond de tout en moi comme une écharde que le corps se rappelle – elle réclamait la greffe de cet amour incomparable pour se voir aspirer à la surface de ma peau. J’ai su alors que je m’étais trompé ; j’avais mal par erreur. La souffrance et l’horreur ne prenaient aucune part dans l’éclat de cet amour là. Son cristal est toujours en moi ; parfois je le regarde – discrètement – à l’abri dans le creux de ma main. Il rutile d’une paix délicate. Son modeste reflet m’offre un spectacle à son zénith quand parfois – aux rayons du soleil -j’ouvre ma paume toute entière. Et dans ma solitude merveilleuse, je me donne en cadeau toute la lumière du ciel – C’est la plus grande bonté qu’il m’arrive de me faire,

Voilà ce qu’en silence m’a soufflé la dépouille d’un mouton équarrit sur sa branche.

Tel un canard laqué qu’une tête de dragon tombée aérosol aurait tagué doré, elle m’a dit :

La peau, crois-moi, c’est bien assez !

Le reste est tout bonnement à jeter.

La Toison dort / épisode 9 - David Noir © 2008
La Toison dort - Episode 8 - David Noir - Valérie Brancq

La Toison dort – Episode 8 – David Noir – Valérie Brancq